Naila Tazi : “la culture,une priorité nationale”

Les premières Assises des Industries Culturelles et Créatives ont été organisées les 4 et 5 octobre à Rabat. Naila Tazi, leur initiatrice nous en parle dans cet entretien.

 

Pourquoi organiser des Assises précisément maintenant ?

 Voilà plusieurs années que l’on clame, que l’on crie l’urgence. Aujourd’hui nous avons dépassé le stade de l’urgence et nous sommes plus que jamais au carrefour de nos responsabilités, c’est à dire des décisions que nous devons prendre. Ces Assises sont la marque d’un tournant historique, elles montrent à la fois l’importance de l’enjeu, et l’ampleur du défi à relever. Il s’agit aujourd’hui de poser les fondations d’une nouvelle dynamique basée sur les synergies et l’efficacité, une dynamique  dont les maîtres mots seront – comme le souligne Sa Majesté dans son discours du Trône – « essor » et « responsabilité ».Aujourd’hui les industries culturelles occupent au niveau mondial la cinquième place dans la liste des secteurs les plus porteurs économiquement. Nous ne pouvons donc plus considérer les dépenses et les investissements en faveur du développement culturel, comme des dépenses secondaires. Le changement de perspective est nécessaire. Il exige du courage et de la vision ; il suppose la création de nouvelles convergences entres les professionnels, et les décideurs économiques et politiques.

 

Dans votre discours, vous évoquez Netflix, Deezer, Spotify  qui ont compris la force de cette économie de la culture, et en donnent la leçon au monde ?

 L’économie de la culture est non seulement une réalité, mais surtout, une chance .Dans les expériences des ces plateformes il y a deux lucidités à avoir .La première, c’est la lucidité fonctionnelle : un écosystème organisé pour nos artistes et pour nos talents, des sources de revenus nouvelles, généralement profitables aux jeunes, des créations d’emplois par milliers, des impulsions réelles aux arrivées de touristes, l’attractivité des territoires, une inclusion de fait des populations, une diffusion sans limite de l’envie d’apprendre et de comprendre. Et puis, il y a la lucidité symbolique mais bien concrète : la culture, c’est la capacité à émouvoir le plus grand nombre .Dans des ambiances réduites parfois au silence, la culture est ce qui permet de dire les maux sans blesser personne. Chaque fois que la société se tait, c’est bien la culture qui fait résonner son silence. Chaque fois que la politique se radicalise, c’est bien la culture qui remet à sa place  la ligne médiane d’une société. Chaque fois que l’économie se grippe, c’est bien la culture qui débloque les voies pour que l’air repasse. Chaque fois que la diplomatie est isolée, c’est bien la culture qui reconnecte les chemins des retrouvailles.

Qu’attendez-vous de ces premières Assises ?

La culture est un enjeu transversal, elle est dans tout, elle est partout, elle n’est ni pour chacun ni même pour tous. Je souhaite que ces Assises représentent un tournant dans la dynamique culturelle de notre pays. Qu’elles favorisent enfin l’émergence d’une vraie industrie culturelle forte, moderne, structurée, soutenue par les pouvoirs publics et par le secteur privé, créatrice de richesse et apporteuse de progrès. Nous exigeons que la culture soit au cœur du nouveau modèle de développement. La culture n’est pas un luxe, c’est un droit élémentaire, un nécessaire de citoyenneté. C’est un moment rare et précieux. Nous n’avons pas le droit de rater ce rendez-vous. A nous de l’exploiter intelligemment pour nous faire entendre, pour nous faire comprendre et pour qu’enfin, la culture soit érigée en priorité nationale, au même titre que l’industrie, l’infrastructure ou l’éducation. Aujourd’hui, je sais que nous pouvons, toutes et tous, dans ces Assises, répondre à cette ambition, d’inscrire  la culture dans une nouvelle dynamique de progrès.