Hafida Ezzydani : « protéger l’enfant abusé sexuellement »

Est-ce que vous pouvez nous définir la violence sexuelle ?

La violence est considérée comme la violation des droits fondamentaux de la personne .La violence à l’égard des enfants est expansive et insidieuse, interpelle de plus en plus la communauté nationale et internationale. Il s’agit d’un phénomène sociale nécessitant le développement d’action soutenues de sensibilisation, de formation, et d prévention. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère la violence sexuelle comme « tout acte sexuel, tentative pour obtenir un acte sexuel, commentaire ou avances de nature sexuelle, ou actes visant à un trafic ou autrement dirigés contre la sexualité d’une personne en utilisant la coercition, commis par une personne indépendamment de sa relation avec la victime, dans tout contexte, y compris, mais sans s’y limiter, le foyer et le travail »

 

Parlez-nous du dispositif national de protection de l’enfant?

La politique publique intégrée de protection de l’enfance compte un ensemble d’intervenant multisectoriels ou l’assistante sociale joue un rôle tés primordial dans la plaidoirie et la revendication des droits des enfants victimes de violence à une prise en charge globale, complète et de qualité. Cette PEC est médicale, sociale, juridiques et psychologiques où  plusieurs cellules et unités travaillent  de concert.

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Quel est le rôle de l’assistante sociale dans la prise ne charge des enfants victimes de violences sexuelles?

Son  rôle est capital dans la coordination de tout les processus de prise en charge  comme accueillir et mettre en confiance l’enfant victime de violence. L’accueil doit être chaleureux, respectueux et sécurisant. Il faut faire  preuve d’une disponibilité pour l’écouter et  l’aider et rassurer la victime du respect du secret professionnel .Le dialogue doit être simple, dire des mots que l’enfant comprend. Le diagnostic social  consiste à recueillir les informations nécessaires sur la victime et son environnement familial et social, ainsi que les conditions de la violence puis évaluer la situation et envisager avec la victime la conduite à tenir en tenant compte de ses potentialités et de ses conditions .L’accompagnement dans toutes démarches au sein de l’établissement accueillant et facilitation des démarches. L’enfant et sa famille doivent être informés de leurs droits, de la procédure judicaire et l’orientation vers les autres acteurs du dispositif national de protection de l’enfance selon les besoins de chaque cas. Enfin, il y a le suivi et évaluation, ici nous assurons  le suivi des enfants victimes de violence sexuel en gardant le lien avec tous les autres partenaires de la chaine de prise en charge.

 

Quelles sont les lacunes entravant la PEC?

Chez l’enfant, il y a l’Ignorance des mécanismes de recours et de signalement .De plus, l’enfant mineur n’est contraint de l’accompagnement parental, ou du tuteur. L’inadéquat de certains réponses tel que le placement des enfants en situation de rue victime de violences ou des enfants exploités dans la prostitution dans les centres de protection de l’enfance ou dans des institutions caritatives dont les conditions de séjour sont considérées mauvaises se termine par des fugues .L’Absence de culture de signalement. Les enfants handicapés démunis ont un accès limité aux soins et à l’éducation, ce qui rend difficile la prise en charge  de ses enfants. Les enfants migrants dont les parents sont en situation irrégulière et vulnérable, ou non accompagnées sont exclus des bénéfices mis à leur disposition par des politiques de protection de l’enfant.  L’ignorance de la famille de l’importance de sauvegarder les traces de violence sexuelle (sperme, habits) par manque de sensibilisation. Pour le  personnel,  il y a un manque des médecins légistes, des assistants sociaux et des psychologues, absence des conditions favorisant la confidentialité. Au niveau de la prévention ,un manque accrue en action de prévention à l’encontre des enfants en situation d’handicap, enfants migrants, enfants en institution, famille monoparental, l ’éducation sexuelle ,des campagnes de sensibilisation dans les écoles permettant aux enfants de recevoir les informations nécessaires sur la violence sexuelle, les risques et les moyens de se protége. Au niveau judiciaire, les sanctions parfois, n’ont aucune mesure avec les gravités des faits (parfois, simple amende ou sursis).Les lois, les nouvelles réformes ne sont pas bien connues (parfois pas assimilées).La parole (donc la crédibilité) de l’enfant est mise en doute (devant celles d’adultes). Au niveau de la collecte des informations, un  système d’information non standardisé.

Donnez-nous quelques pistes d’amélioration de la prise en charge?

Avant tout , il est primordiale de mettre  en place des mécanismes institutionnels de prise en charge au niveau national, régional et local et le recrutement d’assistante sociale des médecins légistes et des psychologues en nombre suffisant .Le renforcement des compétences des AS ainsi que  la coordination entre les différentes intervenant et la création d’une plateforme standardisée et opérationnelle. Mettre en place des centres d’écoute au niveau des écoles et le recrutement des assistants sociaux .Des actions de sensibilisation doivent être réalisées au niveau des écoles et des différents lieux fréquentés par les enfants. Puis penser à un guide de prise en charge des enfants victimes de violences et  avoir une base de donnée fiable et viable.

Propos recueillis par Khira Arab ben-saïd