Féminin Pluriel : une soirée “femmes dans l’amour soufi”

Fidèle à l’esprit de Fatéma Mernissi qui a proposé la mise en place de Majlis al Mahaba sous le thème “l’Amour socle de la réussite”, les amis de l’association Le Féminin Pluriel, se sont retrouvés au centre pour la 6e édition du forum «  le Féminin dans l’amour soufi ». Kawtar Dinia, Présidente du Féminin Pluriel nous parle de cette soirée soufie.

Pourquoi avoir choisi ce sujet en ce temps là ?

Kawtar Dinia : Je rappelle que ce forum « le Féminin dans l’amour soufi » est organisé par le Féminin Pluriel, en partenariat avec le ministère de la culture et la revue Sayidati .En ces temps difficiles où prêches et sermons parlent une langue ardue. En ces temps difficiles où l’esprit, sourcilleux, hésite, doute et redoute. En ces temps difficiles où la raison a montré ses limites. En ces temps difficiles où le cœur oscille et vacille : la foi a besoin d’être rassurée. Elle a besoin d’être rassurée sans théories, sans dogmes, sans morale ni lois ! La foi a besoin de sagesse ! La sagesse montre à l’homme comment communiquer avec le monde intérieur et établir l’équilibre.

Peut-on parler de sagesse sans parler de soufisme ?

Kawtar Dinia : Quand Sophia, tout comme Souf, saf, safwe, safa, renvoient à l’étymologie du mot soufi. Le soufisme est une expérience spirituelle personnelle, subjective, dont le but est, en transcendant la raison, d’arriver à la Vérité objective. Autrement dit, le soufisme est une quête de Dieu, une aspiration à la connaissance de Dieu, par le culte intérieur et la neutralisation de l’attraction du monde extérieur.Les soufis pensent qu’à l’intérieur de chacun de nous (de chaque croyant) il y a un lieu secret où loge l’essence des choses et d’où jaillissent les lumières.

Dieu est amour », disent les mystiques et vous le démontrez très bien ?

Kawtar Dinia : Effectivement, Rabia Al Adawiya de Basra (717- 801), qui a voué à Dieu un amour inconditionnel, se caractérisa par ses chants qui sont parmi les premiers chants à traduire l’amour divin et les moments d’extase soufie : « Ô Seigneur ! Si je t’adore par crainte de l’Enfer, brûle-moi en Enfer ; et si je t’adore dans l’espoir du Paradis, exclus-moi du Paradis. Mais si je t’adore pour Toi-même, ne me prive pas de Ta beauté éternelle !». On raconta aussi qu’on la vit un jour portant de la main droite une cruche pleine d’eau et de l’autre une torche ardente :“ Avec ce flambeau allumé, dit-elle, je désire mettre le feu au paradis et le réduire tellement en cendres qu’il n’en soit plus parlé ; et, répandant cette eau sur les flammes de l’enfer, je prétends les éteindre et qu’il n’y ait plus de tourments ni de supplices en ce lieu malheureux ; afin que désormais Dieu soit aimé et servi pour l’amour de lui-même, sans servilité et sans mercenaireté et d’une manière si pure et si désintéressée que ce ne soit plus la crainte de l’enfer qui nous retire principalement en fin dernière du péché mais son amour’’…» .

Vous citez  amplement dans votre intervention Ibn Arabi, le  grand maitre du soufisme  et le plus illustre représentant de la « voie d’amour » au sein de la tradition mystique d’islam ?

Kawtar Dinia : Le soufisme prône la religion de l’Amour indépendamment  de toutes confessions, comme le dit la grande figure du soufisme, Muhyî ad-Dîne Ibn Arabi, dit A Cheikh al akbar (1165-1240), « Mon cœur est devenu capable de toutes les formes. C’est une prairie pour les gazelles et un couvent pour les moines chrétiens, Un Temple pour les idoles et la Ka’ba du pèlerin, Les Tables de la Tora et le livre du Qorân.Je professe la religion de l’Amour, et quelque direction, Que prenne sa monture, l’Amour est ma religion et ma foi.» Ibn Arabi explique aussi que l’amour de la femme vient du fait que la femme est la manifestation de la beauté de Dieu la plus accomplie sur terre. Cette image nous rappelle l’amour courtois où la beauté de la femme aimée est le reflet de la beauté divine, elle est le miroir où l’amant contemple la beauté divine et devient alors le point de rencontre entre l’homme et Dieu. La femme aurait gardé ce côté primitif idéal, cette sensibilité instinctive qui lui facilite l’accès à la vérité. Sa beauté exprime une intelligence qui reçoit des connaissances, non par le moyen de la raison mais des sens. Sa capacité miraculeuse à insuffler le désir et à dispenser l’énergie d’amour, le miracle de la maternité, lui confèrent une intuition spirituelle et une sagesse qui la maintiennent plus proche de Dieu.

Pour cette soirée vous avez invité d’éminents professeurs pour parler de l’amour soufi au féminin…

Kawtar Dinia :Tout à fait, lors de cette soirée, le Féminin Pluriel et la revue Sayidati ont invité  Faouzi Skali , écrivain et docteur en  anthropologie, ethnologie et sciences des religions, Soraya Sbihi, professeur en littérature  française et comparée, Abdellah Abou Awad, professeur en sciences politiques et relations Internationales, Mariam Ayt Ahmed ou Ali, spécialiste du dialogue inter- religieux et interculturel, des recherches et des études futuristes. Nos invités répondront  aux questions ,comment les femmes soufies vivent-elles cet amour absolu ? Comment se manifeste le féminin dans l’amour de Dieu ? Et de quelle façon les lumières pourraient-elles jaillir ? La soirée de l’amour soufi au féminin et du féminin dans l’amour soufi, sujet de cette rencontre estanimée par Fatine Hllal Bik chanteuse, actrice et animatrice .

Propos recueillis par Khira Arab ben-saïd